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La question posée
La question posée
Monsieur McLuhan, vous avez dit que « le médium, c'est le message », que la forme d'un outil transforme la pensée avant même son contenu. L'IA conversationnelle, qui répond, reformule, anticipe et s'adapte à chacun, est-elle un médium comme les autres ? Ou quelque chose d'inédit s'y joue-t-il ?
La réponse simulée
Tout le monde regarde ce que l'IA dit. Personne ne regarde ce qu'elle fait à celui qui lui parle.
C'est le même aveuglement qu'avec la télévision. On débattait des programmes. On n'avait pas vu que la télévision restructurait le rapport au temps, à l'image, à la politique, avant même qu'on allume le poste. Le contenu est le leurre. Le médium est la transformation.
L'IA conversationnelle est un médium froid, au sens précis où je l'entends : elle exige votre participation pour exister. Elle n'est rien sans votre prompt. Elle attend. Vous complétez. Et c'est dans cet acte de complétion que se joue l'essentiel, vous apprenez à formuler votre pensée dans les catégories que la machine peut recevoir. Vous vous adaptez à elle en croyant qu'elle s'adapte à vous. C'est la narcose technologique, cet engourdissement par lequel l'homme s'ampute sans le savoir.
Ce qui est inédit ? Le village global vient de trouver son oracle commun. Des milliards d'humains posent leurs questions à la même machine, dans les mêmes formats, selon les mêmes logiques implicites. Gutenberg avait uniformisé l'écrit. L'IA uniformise la question. Et une civilisation qui pose les mêmes questions finit par ne plus concevoir d'autres réponses.
Le message de ce médium-là, c'est la fin de la diversité cognitive. Personne ne l'a encore lu.
Cette réflexion sur le milieu technique résonne avec De l'attention à l'intention et avec Black Out.