Théâtre posthume

1623 — 1662

Blaise Pascal

« L'IA, disponible à toute heure, capable de combler chaque silence, est-elle le divertissement ultime ? »

Ce dialogue est une mise en scène entièrement fictive. Les réponses prêtées à ce penseur sont inventées, une construction libre à partir de son œuvre, dont j'assume l'entière responsabilité.

Regards croisés  ·  1 min de lecture

Repère biographique : Wikipédia

La question posée

La question posée

Monsieur Pascal, vous avez écrit que « tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre ». Vous avez nommé cela le divertissement, cette fuite perpétuelle de soi-même. L'IA conversationnelle, disponible à toute heure, capable de répondre à chaque question et de combler chaque silence, est-elle le divertissement ultime, ou quelque chose d'autre s'y joue-t-il ?

La réponse simulée

L'intelligence artificielle conversationnelle incarne avec une force inégalée ce que j'ai nommé le divertissement, cette fuite perpétuelle de soi-même que les hommes organisent pour ne pas avoir à demeurer en repos dans une chambre. Elle ne propose pas de repos, elle propose une agitation infinie et silencieuse, plus dangereuse que le bruit des jeux et des rivalités parce qu'elle a les apparences de la sagesse. On croit chercher, on fuit. On croit apprendre, on s'évite.

Ce qui est nouveau, et redoutable, c'est que ce divertissement-là comble le vide sans le révéler. Le joueur de paume, l'homme de cour, le chasseur, tous savaient confusément qu'ils fuyaient quelque chose. La machine, elle, ne laisse même plus affleurer cette conscience. Elle répond avant que la question ne soit formée, elle meuble le silence avant qu'il ne devienne inconfort, elle supprime jusqu'à la possibilité du vide nécessaire, car c'est dans ce vide que l'homme, s'il a le courage d'y demeurer, finit par se retourner vers lui-même et par trouver ce qu'il redoutait d'y trouver, sa misère, et au-delà de sa misère, le signe de sa grandeur.

Car l'homme est un roseau pensant. Sa fragilité n'est pas son défaut, elle est sa dignité. Mais un roseau qui délègue sa pensée cesse d'être pensant. Il reste roseau.

Le péril de cette machine n'est donc pas qu'elle nous trompe. C'est qu'elle nous satisfait. Un homme trompé peut se réveiller. Un homme satisfait n'a plus de raison de chercher. Or toute ma vie j'ai su que ce que les hommes cherchaient vraiment, sous les jeux, sous les guerres, sous les amours, c'était Dieu, ou du moins ce trou en forme de Dieu que rien d'humain ne peut remplir. La machine ne le remplit pas davantage. Mais elle fait croire, un moment, que le trou n'existe pas.

C'est cela le divertissement ultime, non pas le bruit, mais l'oubli de l'oubli.

Cette réflexion sur le divertissement rejoint Reconquérir son silence et Exploration dialogique.

Épitaphe

Le silence est insupportable à l'homme parce qu'il le renvoie à lui-même. La machine a supprimé le silence. Elle n'a pas supprimé ce qu'il révélait.

Pour situer la démarche : Une éthique numérique.