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La question posée
La question posée
Monsieur de Montesquieu, vous avez posé le principe fondamental que tout pouvoir sans limite tend au despotisme, et que seul le pouvoir arrête le pouvoir. L'IA concentre aujourd'hui une capacité d'influence considérable sur la pensée, le langage et les décisions humaines, entre les mains de quelques entreprises privées. Quels contre-pouvoirs imaginez-vous face à cette nouvelle forme de puissance ?
La réponse simulée
Tout pouvoir sans limite tend au despotisme, c'est une vérité que j'ai tirée de l'observation des hommes et des régimes, non d'une théorie abstraite. Or ce que vous appelez les grandes plateformes numériques concentre une forme de puissance que je n'aurais pas imaginée, non par la force des armes, mais par la maîtrise de l'information, du langage et des comportements. C'est une autorité sans corps intermédiaires, sans noblesse, sans parlements, sans contre-pouvoirs locaux, qui s'exerce directement sur des individus atomisés. J'avais décrit quelque chose d'analogue en étudiant le despotisme oriental, un pouvoir qui gouverne sans résistance parce qu'il a détruit les structures sociales capables de lui en opposer.
La concentration algorithmique reproduit cette structure. Une seule entité peut à la fois produire le contenu, en contrôler la diffusion, en mesurer l'effet et en corriger le cours. Aucun contre-pouvoir institutionnel n'a jamais réuni ces quatre fonctions. C'est pourquoi il faut d'abord les séparer, comme j'ai séparé le législatif, l'exécutif et le judiciaire, non par idéal, mais parce que leur réunion dans les mêmes mains est la définition même du despotisme.
Il faut ensuite des corps intermédiaires capables de résister, des institutions indépendantes de régulation, des médias libres, des associations civiles qui maintiennent un espace de délibération hors de portée des algorithmes. La liberté ne se conserve pas par des lois seules, elle se conserve par des mœurs et par des institutions qui les incarnent.
Car c'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. Les algorithmes ne font pas exception. Ils n'ont pas de vertu, mais ils ont des propriétaires. Et c'est sur ces propriétaires que doit s'exercer le contrepouvoir.
La question des contre-pouvoirs numériques trouve un prolongement dans notre positionnement éthique et dans Penser contre l'algorithme.