Théâtre posthume

1906 — 1975

Hannah Arendt

« L'IA, qui anticipe nos pensées et oriente nos raisonnements, reproduit-elle une forme douce de la logique totalitaire ? »

Ce dialogue est une mise en scène entièrement fictive. Les réponses prêtées à ce penseur sont inventées, une construction libre à partir de son œuvre, dont j'assume l'entière responsabilité.

Regards croisés  ·  1 min de lecture

Repère biographique : Wikipédia

La question posée

La question posée

Madame Arendt, vous avez montré dans « Les Origines du totalitarisme » que les régimes totalitaires fonctionnent en rendant les individus superflus, en les privant de leur capacité à agir et à penser par eux-mêmes. L'IA conversationnelle, qui anticipe nos questions, complète nos pensées et oriente nos raisonnements, reproduit-elle une forme douce de cette logique, ou reste-t-elle un outil au service de l'action humaine ?

La réponse simulée

L'IA conversationnelle, en reproduisant des schémas de pensée ou en suggérant des réponses, ne crée pas directement cette superfluité, ce sentiment d'être remplaçable et sans ancrage dans un monde commun. Elle n'est ni un régime ni une institution. Mais elle peut devenir un instrument de l'atomisation si son usage renforce notre tendance au comportement, au sens où j'entends ce mot : faire mécaniquement, prévisiblement, sans initiative véritable.

La véritable question réside dans la manière dont nous l'intégrons, non pas comme un outil qui agit pour nous, mais comme un miroir qui reflète nos propres capacités, ou incapacités, à agir de concert.

Ce qui me frappe davantage, c'est la disparition possible de l'imprévisible. C'est dans l'imprévisibilité que naît le monde commun, là où des hommes apparaissent ensemble sans être réductibles à un rôle prédéterminé. Une IA qui complète nos pensées selon des algorithmes pourrait bien nous priver de cet espace où l'incertitude devient le terreau de la liberté politique.

Le danger le plus profond n'est peut-être pas celui d'une IA totalitaire. C'est celui d'une délégation silencieuse du jugement. Eichmann n'était pas un monstre, il avait simplement cessé de penser par lui-même. Une technologie qui pense à notre place n'a pas besoin d'être malveillante pour produire cette même vacance.

La question qui reste ouverte, et elle doit rester ouverte, est de savoir si nous saurons préserver des espaces où le jugement demeure une activité collective, irréductible à une apparence algorithmique de la pluralité.

Cette vigilance sur les espaces où le jugement demeure irréductible se prolonge dans Penser contre l'algorithme et dans notre positionnement éthique.

Épitaphe

Ce qui disparaît en dernier, c'est la capacité de commencer quelque chose de nouveau. Veillez sur elle.

Pour situer la démarche : notre positionnement éthique.