Solitude connectée
On n'a jamais été aussi connectés. On n'a jamais autant manqué les uns aux autres.
En 2023, le chirurgien général des États-Unis Vivek Murthy a publié Our Epidemic of Loneliness and Isolation. Sa conclusion : la solitude représente un risque pour la santé comparable à fumer quinze cigarettes par jour. Et elle touche des pays où la connexion numérique est quasi universelle.
Les réseaux sociaux entretiennent un type de lien que Mark Granovetter appelle « faibles », des connexions superficielles, pratiques, mais peu nourrissantes émotionnellement. Ils ont aussi des effets de substitution : le temps passé à interagir en ligne remplace parfois le temps des interactions en face-à-face.
« La connexion permanente n'est pas la présence. C'est son imitation. »
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Cyberharcèlement
La violence numérique peut poursuivre sans trêve ni repos dans les moindres recoins.
Avant internet, la cour de récréation avait ses heures. À 17 h, on rentrait chez soi. Ce refuge n'existe plus pour les adolescents qui subissent du harcèlement numérique.
L'ANSES (2025) confirme ce que les professionnels de santé observent : les cyberviolences accentuent la détresse psychologique et peuvent mener à des conséquences graves. Contrairement aux brimades traditionnelles qui s'arrêtaient au seuil de l'école, la violence numérique poursuit l'élève « jusque dans l'intimité de sa chambre, sans trêve ni refuge ».
« Le harcèlement a trouvé avec le numérique le moyen de pénétrer nos vies partout et tout le temps. »
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Relations parasociales
On pleure à la mort d'un influenceur qu'on n'a jamais rencontré. Ce n'est pas de la folie. C'est de la psychologie.
En 1956, Donald Horton et Richard Wohl ont décrit le phénomène : les spectateurs de télévision développaient envers les célébrités une forme de relation émotionnelle unilatérale. Avec les réseaux sociaux, ce phénomène est devenu une forme de lien social ordinaire.
Ces relations ne sont pas pathologiques en elles-mêmes. Le problème survient lorsqu'elles se substituent aux relations réelles, ou lorsqu'elles sont exploitées commercialement.
« L'influenceur ne vous connaît pas. Mais il sait très précisément comment vous faire sentir qu'il vous connaît. »
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Érosion de l'empathie
L'empathie n'est pas un sentiment. C'est une compétence. Et elle peut se perdre.
En 2010, une méta-analyse de l'université du Michigan concluait que les niveaux d'empathie déclarés par les étudiants américains avaient diminué de 40 % entre 1979 et 2009. La baisse la plus marquée se situait après l'an 2000.
L'empathie se développe dans la relation physique : le regard, le ton de voix, la posture. Les interactions numériques appauvrissent ce registre. Mais l'empathie peut être éduquée. L'éducation à l'empathie numérique n'est pas un vœu pieux. C'est un enjeu éducatif concret et majeur.
« L'empathie ne demande pas beaucoup. Elle demande de savoir que l'autre ressent. »
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