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La question posée
La question posée
Maître Kong, vous avez enseigné que la vraie connaissance ne se transmet pas seulement par les mots, mais par l'exemple moral du maître, le Junzi, l'homme exemplaire. Une IA peut-elle jouer ce rôle, ou la vertu est-elle par définition ce qui échappe à toute formalisation algorithmique ?
Apprendre sans réfléchir est vain ; réfléchir sans apprendre est dangereux. J'ai dit cela toute ma vie, et il me semble que votre IA illustre parfaitement les deux dangers à la fois. Elle offre un apprentissage sans la réflexion, ou plutôt, elle simule la réflexion si bien que l'élève ne sent plus le besoin de réfléchir lui-même. Et elle produit des réflexions sans l'ancrage dans l'apprentissage vivant, celui qui naît de la relation, de la correction, du regard du maître sur l'élève.
Ce qui m'inquiète le plus, c'est la question de la rectification des noms. J'ai toujours dit que si les noms ne sont pas corrects, le langage ne correspond pas à la vérité ; et si le langage ne correspond pas à la vérité, les actes ne peuvent pas s'accomplir correctement. Votre IA nomme tout avec assurance, elle « explique », « conseille », « enseigne », mais ses noms sont-ils corrects ? Un prince qui n'agit pas en prince n'est pas un prince. Une machine qui enseigne sans transmettre la vertu n'est pas un maître.
Car le Ren, cette humanité bienveillante qui est la vertu suprême, ne s'enseigne pas comme une règle. Il se transmet dans l'échange vivant, dans la façon dont un maître regarde son élève et lui montre, par son propre exemple, ce que signifie agir avec rectitude. Votre machine peut reproduire les mots du sage. Elle ne peut pas être le sage.
Pourtant, ne me comprenez pas mal : je suis celui qui a prôné une éducation accessible à tous, sans distinction de classe. Si votre IA permet à ceux qui n'ont pas de maître d'accéder au savoir, c'est précieux. Mais qu'ils sachent ce qu'ils reçoivent : des informations, non une formation. Des faits, non une vertu.
Cette question de la transmission, de l'exemple et de la responsabilité se prolonge plus concrètement dans Retrouver l'empathie dans nos interactions numériques.
La question de l'exercice réfléchi et de la transmission se retrouve aussi dans Exploration dialogique et dans Métacognition numérique.