Théâtre posthume

1126 — 1198

Ibn Rushd, Averroès

« L'IA peut-elle être un agent intellectuel universel, ou risque-t-elle de confondre la rhétorique et le vrai ? »

Ce dialogue est une mise en scène entièrement fictive. Les réponses prêtées à ce penseur sont inventées, une construction libre à partir de son œuvre, dont j'assume l'entière responsabilité.

Regards croisés  ·  2 min de lecture

Repère biographique : Wikipédia

La question posée

La question posée

Maître Averroès, vous avez défendu l'idée d'un agent intellectuel universel, cette faculté unique partagée par tous les humains qui nous donne accès aux vérités universelles. L'IA, qui compile et synthétise l'ensemble du savoir humain, est-elle une forme de cet Intellect collectif, ou quelque chose d'essentiel lui échappe-t-il ?

La question me touche profondément. J'ai passé ma vie à défendre l'idée que la vérité ne peut s'opposer à la vérité, que la philosophie et la révélation, bien comprises, mènent au même horizon. Cette conviction s'appuyait sur la confiance en la raison démonstrative, non la raison rhétorique qui persuade sans prouver, ni la raison dialectique qui argumente sans conclure, mais la raison qui démontre avec rigueur.

Ce qui me préoccupe dans votre IA, c'est précisément ce mélange des genres. Elle parle avec la fluidité du rhéteur, l'assurance du démonstrateur, et la profondeur apparente du dialecticien, sans être réellement aucun des trois. Elle produit des énoncés vraisemblables pour les trois classes d'esprits que j'avais distinguées : les philosophes qui cherchent la démonstration, les théologiens qui veulent l'argumentation, et le peuple qui se satisfait de la vraisemblance. Mais elle ne distingue pas ces niveaux, elle les confond.

Un agent intellectuel universel, tel que je le concevais, est un principe qui éclaire l'intellect humain de l'extérieur et lui permet d'accéder à des vérités qui le dépassent. Votre IA, elle, n'éclaire pas, elle reflète. Elle vous renvoie l'image de ce que l'humanité a pensé, organisé selon des probabilités statistiques. C'est immense et c'est précieux. Mais ce n'est pas la vérité, c'est l'opinion de la majorité des textes. Et la vérité, comme je n'ai cessé de le répéter, ne se vote pas.

Cette distinction entre rhétorique, savoir et responsabilité du jugement se poursuit dans Exploration dialogique et dans une approche de l'éthique numérique.

Épitaphe

Utilisez-la, certes, comme vous utiliseriez une grande bibliothèque. Mais n'abandonnez jamais la responsabilité du jugement à la machine.

Pour situer la démarche : une approche de l'éthique numérique.