Automatisation et emploi
Ce ne sont pas les robots qui volent les emplois. C'est le silence autour de ce que cela implique.
En 2013, Frey et Osborne estimaient que 47 % des emplois américains étaient susceptibles d'être automatisés. Depuis, des dizaines de rapports ont nuancé ce chiffre. Mais le débat qu'il a ouvert reste entier.
Ce qui est inédit avec l'IA générative, c'est qu'elle touche des emplois qualifiés. Un robot d'usine remplace un ouvrier à la chaîne. ChatGPT peut rédiger un rapport juridique, analyser un bilan comptable. Les professions cognitives de niveau intermédiaire sont désormais directement concernées.
Ce n'est pas un problème technique. C'est un problème politique. La question n'est pas « que peut faire l'IA ? » mais « qui décide de ce qu'elle fera, et qui bénéficiera des gains de productivité ? »
« L'IA ne supprime pas des emplois. Elle rend certaines compétences obsolètes si vite que les humains n'ont pas le temps de s'adapter. »
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Précarisation 2.0
Derrière l'appli, des milliers de travailleurs invisibles qui font tourner l'économie numérique.
Lorsqu'on commande un repas sur Deliveroo, on déclenche une chaîne d'actions humaines. Ces humains ne sont pas des employés. Ce sont des « partenaires indépendants » dont les conditions de travail ressemblent à du salariat mais sans ses protections.
Antonio Casilli parle de « digital labor » pour désigner aussi les travailleurs invisibles qui annotent les données d'entraînement des IA. Selon Time Magazine (2023), les annotateurs kényans qui entraînaient ChatGPT gagnaient moins de 2 dollars de l'heure.
« L'algorithme gère. L'humain exécute. Le risque est pour l'humain. La valeur est pour l'algorithme et pour les grands groupes qui sont derrière. »
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Droits d'auteur et IA
Les IA ont appris à écrire en lisant ce que des humains avaient créé. Ont-ils demandé la permission ?
Les grands modèles de langage ont été entraînés sur des corpus massifs d'œuvres humaines, textes, images, musiques, souvent sans que leurs auteurs aient été consultés ou rémunérés. Des milliers d'artistes et d'auteurs ont rejoint des recours collectifs contre OpenAI et Meta.
Le droit d'auteur actuel n'est pas conçu pour cette situation. L'Europe, avec l'AI Act, impose désormais aux fournisseurs une obligation de divulgation des données d'entraînement. Mais l'application reste difficile.
Au-delà du droit, c'est une question de justice économique. Si une IA apprend à peindre dans le style d'un illustrateur spécifique et que des clients lui commandent des illustrations dans ce style, l'illustrateur perd des revenus sans avoir cédé ses droits.
« L'IA apprend de tout le monde. Elle ne remercie personne. »
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IA et inégalités
L'accès à l'IA n'est pas universel. Le fossé numérique se creuse à l'intérieur même des sociétés riches.
On parle souvent du fossé numérique entre pays développés et pays en développement. Mais il y a un autre fossé, moins visible, qui se creuse à l'intérieur des sociétés les mieux connectées : celui qui sépare ceux qui utilisent l'IA pour augmenter leurs capacités de ceux qui la subissent.
Les versions gratuites des outils génératifs sont significativement moins puissantes que les versions payantes. Les langues sous-représentées dans les données d'entraînement produisent des résultats de qualité inférieure. L'IA peut réduire les inégalités ou les amplifier. Le résultat dépend de choix politiques, pas de la technologie elle-même.
« L'IA est un amplificateur. Elle amplifie ce qu'on lui donne, y compris les inégalités existantes. »
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